Ce volcan au creux de nous tous

Ce n'est pas un anniversaire, ni un jour particulier. Pourtant, je réalise ce matin que ce site aura bientôt sept mois. Pas si mal, compte tenu de mon appréhension du départ, et compte tenu aussi de tout ce que j'y ai publié jusqu'à maintenant.

J'aimerais prendre un peu de temps pour m'exprimer sur l'écriture. Non, soyez tranquilles, ce ne sera rien de technique ou d'extirpé de mes convulsions cérébrales.

Le monde littéraire est difficile à gérer. En tant qu'auteur, je sais pertinemment que mon succès repose sur une seule chose : être lu.

C'est ardu. Ardu parce que je ne veux pas faire de prostitution artistique. Écrire ce que le lectorat réclame au lieu de ce qui me paraît digne d'intérêt. Je n'ai jamais même songé, il y a vingt ans, que j'allais devoir écrire pour un public.

C'est drôle, hein ? Je n'ai jamais écris pour être lu.

J'écris pour... Mmm... Pour exister, j'imagine... D'où ma complète incompréhension du mode artistique actuel. Avouez-le, nous sommes en plein carnaval du narcissisme. Difficile d'avoir un processus honnête dans ce raz-de-marée de superficiel. Chacun veut se montrer sous son meilleur jour. Le selfie littéraire. Le cliché parmi tant d'autres qui vous propulse dans une meilleure situation. Ça me rend malade, un peu, beaucoup, pour être honnête avec vous.

Je ne me rends pas la tâche facile, c'est bien vrai. Ça fait plus de trois ans maintenant que je n'ai aucun revenu. Je ne fais qu'écrire. Avouez que dans les circonstances, il est difficile de ne pas désespérer quand le livre ne se vend pas, quand le blogue n'est pas lu, quand les publications ne sont ni aimées, ni partagées.

Et malgré tout, il réside une beauté là-dedans : j'écrirai toujours, que vous le vouliez ou non. Le succès n'a rien à y voir. J'aime l'écriture pour et par elle-même.

Vous mêmes, vous aimez quelque chose, n'est-ce pas ? Je ne parle même pas de "passions". Je hais ce mot. Il invoque une sorte de sentiment grandiloquent, une salve d'émotions indescriptibles. Ce n'est pas ça.

Respirer, c'est vital. Et pourtant, en général, c'est plutôt monotone.

Eh bien, écrire, c'est mon oxygène.

À écrire tous les jours, je finis presque par l'oublier.

À ne pas écrire pour une semaine, je perds toute raison. C'est vraiment une torture. J'en mourrais, fort probablement.

Voilà ma motivation profonde. Nous sommes tous mus par une source de chaleur, un guyot logé dans nos entrailles. Quelque chose d'ancien, d'immense, qui charrie nos rêves et notre persévérance. Vous le sentez, non ? C'est ce qui vous fait vous lever le matin. C'est ce qui palpite dans le creux de votre moelle lorsque vous parlez d'amour.

C'est là que mon écriture prend racine. C'est là que je puise mon encre.

Je me fiche d'inventer des histoires ou de suivre le schéma actanciel. Les standards, les modes... Ces choses sont les vaguelettes sans nom qui éclatent sur les rochers. Celui qui prétend pouvoir exprimer l'océan au moyen de vaguelettes est un idiot. Vous, le lecteur, vous n'avez rien à y gagner. Un faux sentiment de sécurité. Un édulcorant pour le coeur.

Ce qui est vital, c'est de réveiller cette source de chaleur. Peu importe les moyens. Il n'y a aucune naïveté dans mon approche. Simplement un refus de me laisser distraire par les vaguelettes et par leurs adeptes. Je ressens plutôt une profonde, une insatiable curiosité pour la nature humaine. Et vous êtes humain, n'est-ce pas ? Je pense qu'on se comprend. Nous sommes tous à la recherche de ce qui nous dévoile à nous-mêmes. De notre petit volcan endormi.

Voilà ce qu'on ira chercher ensemble.

Je vous remercie donc profusément, profondément, de me lire. Je sais ce que je fais. Je sais où je vais. Mais souvent, ce n'est pas suffisant. Lorsqu'on lui propose de nous suivre, le lecteur, le monde aussi, chacun a besoin d'une pierre solide où poser le pied. C'est ce que je vous offre, aujourd'hui. Une pierre de gué. Il suffit de traverser.

Et pour clore le tout sur une image complètement différente : toutes les flèches ne peuvent frapper dans le mille. Il y aura avant longtemps un champ parsemé de tiges empennées, multicolores, dans la distance. Et puis après ? Est-ce que ce n'est pas un peu ça, aussi, la beauté ?

Félix


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