C'est correct de ne pas savoir quoi écrire

C’est correct de ne pas savoir quoi écrire

Écrire s’inscrit dans un processus d’authenticité.

Écrire « Je t’aime. » sans le penser, ça ne vaut rien.

Écrire :

Elles sont incandescentes les aurores

Éparpillées

Aux cieux de mes rêves !

Si on n’a pas de rêves en tête, si on ne voit pas d’aurores, si la multiplicité implicite du mot « éparpillées » ne réfère à rien, si l’incandescence n’est qu’un clair-obscur froid, ça ne vaut rien.

L’écriture est un exercice de traduction de l’univers interne, et si les mots ne sont pas cueillis à même les branches de ces forêts intérieures, ils ne valent rien.

On pourrait fort bien en tirer un axiome (par exemple : L’écriture véritable est authentique), mais l’art est allergique aux fers et aux chaînes, quels qu’ils soient.

Voilà pour l’authenticité.

Alors que faire si on ne sait pas quoi écrire ?

Que faire si l’intérêt y est, si plume et papier son parés, mais que rien ne vient ? L’esprit paraît un pré vaste et vide sous un ciel uni. Pas un frémissement d’herbe, pas un chant d’oiseau, pas un bruissement...

Ou alors, c’est l’ouragan, et elles volent ici, se percutent là, les idées, mais jamais n’ont la chance de s’agglomérer en structures logiques, car aussitôt l’esprit les pulvérise et les balaie aux quatre vents.

Vous reconnaissez-vous dans l’un de ces cas ?

C’est ce qu’on appelle le « syndrome de la page blanche ».

Cela nous arrive tous, à un moment ou à un autre. Et c’est correct.

Le problème ne réside pas dans la page vierge en face de nous, mais plutôt dans la manière de l’aborder.

Relions donc les points ; ce n’est pas innocemment que j’ai introduit le concept d’authenticité au début de ce billet.

Le fait de ne pas savoir quoi écrire ne signifie pas que l’on n’a rien à dire. Nos réflexions et nos fantasmes n’ont nullement besoin des soins de notre conscience : ils s’étendent et procréent de leur propre chef, et peuplent notre inconscient. En ce sens, nous avons toujours quelque chose à dire.

Si c’est, en apparence, le calme plat dans votre esprit, ne vous y trompez pas : il y a de la vie là-dessous ! Des racines et des insectes fouillent l’humus, de petits animaux creusent leur terrier. Et toute cette herbe, ce blé, il semble immobile, mais il a bien fallu qu’il pousse. Et ce ciel, le soleil doit bien le traverser à un moment ou à un autre, puis la lune et son cortège. Il suffit de délimiter une zone et de creuser, d’observer, d’analyser. Les idées sont là. Peut-être ont-elles seulement besoin de s’extirper au grand air. Peut-être ont-elles besoin d’un peu de temps pour fleurir.

Concrètement, cela veut dire qu’à moins d’être singulièrement économe de papier, vous devez desserrer les nœuds de vos inhibitions et vous accorder le droit d’écrire absolument n’importe quoi. Vous ne « gaspillerez » pas votre précieuse inspiration en l’utilisant ainsi, si c’est ce qui vous inquiète ; vous la réchaufferez. Tout ce qui vous entoure possède un référent dans votre esprit, une clé capable de déverrouiller des idées qui s’y terrent. Un esprit calme doit donc apprendre à utiliser ces clés, à jongler avec les référents externes et voir ce que cela éveille en eux. Voir comment faire tressaillir ce pré autrement paisible.

À l’inverse, un esprit agité dans lequel tout se heurte et rien ne crée de sens doit apprendre à stopper, à utiliser l’externe comme un noyau magnétique où viendront au vol s’aimanter les idées. Une fondation sur laquelle s’érigera un sens qui échappe au grand chaos interne. L’avantage de cet état est son inhérente profusion. Et c’est ce qu’il faut utiliser. Jeter une idée particulièrement collante dans cette tempête aura pour effet d’attraper toutes sortes de réflexions qu’il faudra ensuite assembler pour constituer un propos cohérent. Vous avez sans doute déjà utilisé l’expression « faire de l’ordre dans ses idées ». Il s’avère que c’est exactement ce que l’on tentera de faire ici.

Concrètement, cela veut dire d’ouvrir les yeux sur l’extérieur, d’aller faire une promenade, peut-être, de lire, ou parler, ou jouer de la musique, peu importe. L’important est d’envoyer un flot de stimuli externes qui viendront percuter quelques réflexions dans la nuée. Cela aura souvent l’effet d’un détonateur ; l’esprit très agité n’attend que la petite étincelle, la petite poussée vers un acte créateur, pour se lancer avec acharnement dans la mise en ordre.

L’important est donc d’être authentique et de chercher l’idée là où elle se trouve : en soi, lorsque notre cerveau semble endormi, et hors de soi lorsqu’il est surexcité.

Une erreur répandue pour vaincre la page blanche est de « prétendre » avoir quelque chose à dire. Dans ces cas, on se retrouve avec un texte parfois bien écrit, mais vide de sens. Cela se perçoit notamment dans le manque de fluidité conceptuelle et analogique (car la fluidité nait du mouvement, et sans investissement émotionnel, donc authentique, il ne peut y avoir mouvement.)

Ne « prétendez » jamais. Il vaut mieux ne rien écrire qu’écrire du faux. Et il y a un monde entre « essayer » et « prétendre » : le premier sous-entend qu’on peut se tromper.

Ne laissez donc pas la virginité de la page blanchir votre esprit ; chaque œuvre a commencé ainsi. Une longue gestation avant le barbouillage progressif et salissant. Les mots ne sont, au fond, que quelques taches d’encre sur le papier.

C’est correct, alors, de ne pas savoir quoi écrire.

L’important, c’est d’écrire tout de même.

Félix


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