Humains, je ne vous comprends guère

Humains, je ne vous comprends guère

Humains, je ne vous comprends guère

Je vis perdu en vous

Comme un être en exil

Je vis perdu en vous à n'y rien reconnaître

Je ne comprends pas vos guerres, vos viols de corps conquis, vos égorgements d'enfants aux yeux d'étoiles, de rêves, d'espoirs, vos mitraillages au petit bonheur, vos bombardements d'hôpitaux et d'autobus scolaires, vos génocides, vos pulsions sadiques, vos besoins irrépressibles de domination totale

Je ne comprends pas votre foi, celle qui dit d'aimer votre prochain et de le décapiter, ou de le lapider, celle qui nourrit votre amour ainsi que votre haine, celle qui vous encrasse d'ignorance parce que l'Inconnu vous terrifie, parce que le Vaste vous terrifie, parce que le Temps vous terrifie, parce que la Mort vous terrifie

Je ne comprends pas vos Enfers et vos Paradis

Je ne comprends pas vos peurs, celles qui vous font avancer dans la noirceur, yeux et oreilles scellés, la gueule grande ouverte

Je ne comprends pas vos Donald Trump, ni vos Hitler

Je ne comprends pas vos passions pour une puck ou un ballon, pour un côté ou l'autre de la clôture

Je ne comprends pas vos Tables de Loi, ni vos règles non écrites

Je ne comprends pas votre Justice

Je ne comprends pas où vous allez, et à peine d'où vous venez

Je ne comprends pas vos idées fausses, vos leurres pour l'âme, vos pièges à con, vos conspirations, vos scientologues, vos anti-vaxxers, vos donneurs d'opinions, vos meneurs de claques

Je ne comprends pas vos poètes qui louent la soue et le cochon

Je ne comprends pas vos penseurs qui louent la pensée unique

Je ne comprends pas vos faiseurs qui louent l'inaction

Je ne comprends pas ceux de vous qui voyagent sans cesse (que fuient-ils donc ?), non plus que ceux cloisonnés dans leurs vies (que fuient-ils donc, dans l'immobile ?)

Je ne comprends pas vos réseaux sociaux, paradoxes épuisants, vos trolls professionnels sur leurs stèles de pailles, vos cyniques, vos naïfs, vos Netflix and chill et vos tweets dans le tréfonds du grand vide inter-cybérien

Je ne comprends pas vos alcools et vos drogues, ni comment on peut vous briser à ce point

Je ne comprends pas vos sautes d'humeurs, vos pudeurs impudiques, vos grands éclats de rire dans les larmes d'autrui, vos appels à l'outrage quand autrui rit de vous, vos pitiés sous scellé qui ne valent que dalle, vos empathies tardives pour l'Holocauste horrible quand l'enfant du voisin, loin de votre conscience, s'endort sous le fardeau de ses os faméliques, ou bien aux quatre vents, dispersé par l'obus

Je ne comprends pas vos matantes qui s'indignent du sexe et de la merde

Je ne comprends pas vos dégoûts pour le malheur humain, votre besoin morbide de le voiler, toujours, votre mépris de ceux qui expriment un malaise (faut-il porter un masque pour parler avec vous ?)

Je ne comprends pas vos mensonges quand vous réclamez l'honnêteté

Je ne comprends pas vos lauriers que vous distribuez en masses à ceux de vous qui vous ressemblent et qui n'ont jamais rien vaincu ; d'autres combattent l'or et le sang des préjudices et jamais ne reçoivent un seul photon de gloire

Je ne comprends pas vos Twilight et vos 50 Shades of Grey quand vous marchez, insouciants, sur les siècles enlisés qui mènent aux étoiles, fossiles sous nos pieds

Je ne comprends pas votre méchanceté

Je ne comprends pas votre vanité

Je ne comprends pas ce qui me lie à vous

Hommes, je ne vous comprends guère

Mais je vous aime tout de même

C'est là le grand mystère

Amour, je ne te comprends guère...

Félix


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